8 mars 2009

Chili - San Pedro De Atacama (1/2)

Ce matin nous quittons Salta et l'Argentine pour rejoindre une nouvelle fois le Chili et le haut plateau du desert d'Atacama...le debut de l'altiplano!

Reveil a 5h du mat' pour prendre le bus de 7 heures. La route monte le long de la quebrada de Humahuaca et passe par Purmamarca ou nous etions 3 jours plus tot. Mais la nous continuons vers le Chili et la route n'est pas une sinecure, pente assez raide, virages sur virages, et on se retrouve vite a 4000 m d'altitude, puis 4850...le Mont Blanc!!


A bord nous profitons pleinement des paysages, pour d'autres les effets indesirables de l'altitude commencent...Arrivee aux services de l'immigration Chilien...1h30 d'attente...que faire? s'asseoir et "enjoy ourselves" comme nous le dirait les australiens!

La route reprend sur un haut plateau a plus de 4000 m d'altitude, l'aridite est absolue, les vents froids et forts, le ciel d'une purete incroyable.


...des salars (salines) au pied des volcans. Le Chili compte plus d'une centaine de volcans dont plus de la moitie sont en activite.

Sa majeste le volcan Licancabur qui culmine a 5916 m, pose a cheval sur la frontiere Bolivie-Chili...la forme conique parfaite.



Enfin la descente sur San Pedro de Atacama, nous passons rapidement de 4300 m a 2440 m d'altitude.

San Pedro est un petit village paume dans une oasis en plein coeur du desert d'Atacama. Veritable lieu de rassemblement des backpackers du monde entier, sa reputation tient a sa situation au coeur d'une des regions les plus etonnantes au monde. Le village est plutot calme, le gros de la saison est passe, et on trouve aisement une chambre dans une petite residence vraiment charmante...avec le hamac! Mais la concentration des restos, auberges et cyber cafes donne a San Pedro des allures de mecque touristique.


Si les nuits sont fraiches dans le desert, en revanche en journee le mercure monte allegrement au dela des 35 degres. D'ailleurs c'est de nuit que nous vivrons notre premiere experience du desert. Le desert d'Atacama, le plus aride au monde, est le plus parfait des deserts. Certaines stations du littoral n'ont jamais enregistre la moindre precipitation mesurable. La nuit le ciel est d'une purete telle que le plus grand radio-telescope au monde y est en cours de construction et sera acheve en 2011.
Impossible pour nous, dans ce temple de l'observation stellaire, de passer a cote des etoiles! A 22h30 on se retrouve donc en plein desert la tete dans les etoiles, loin de toute lumiere, aux cotes d'un astronome francais qui possede plusieurs enormes telescopes, a travers lesquels nous decouvrons nebuleuses, planetes et constellations...


...notre plus proche voisine: la lune. Les nuits de pleine lune sont maudites des astronomes, la reverberation etant trop forte.


...et dessous c'est Saturne, la planete du systeme solaire la plus eloignee de la Terre, distance: 1,3 milliards de km...bref a 2 pates de maisons diraient les astronomes.



Les etoiles qu'on peut assimiler a des petits soleils rayonnent dans l'univers. Leur position de la Terre est si eloignee que la lumiere que nous percevons met parfois plus de 20 ans a nous parvenir...en gros quand on regarde une etoile, la lumiere que nous voyons est partie il y a des dizaines d' annees...on regarde le passe! hallucinant, non?! Bon c'est pas tout, mais on se les gele bien, il est 2h du mat'...Hasta luego les etoiles!


Beaucoup d'activites et d'excursions a faire autour de San Pedro, cette apres midi on part pour un tour du desert, du salar d'Atacama et de ses lagunes.

...Impossible de nager dans les lagunes en raison de la tres forte concentration en sel ...on evitera de boire la tasse!


...Antoine attend son verre!...quel service deplorable, franchement.


...et Mathilde s'est trouvee une passion pour la meditation au gros sel de mer


...Dans chaque pays que nous avons traverse, les paysages n'ont cesse de nous emerveiller et de nous etonner, mais l'immensite desertique, l'altitude, les volcans enneiges transpercants le ciel bleu font des paysages du desert d' Atacama certainement les plus etonnants que nous ayons vus. En France nous etions deja emerveilles par les photos et reportages du Nord Chili, mais on ne pensait pas que la realite etait telle.
Le volcan Licancabur



Depuis San Pedro il y a beaucoup de possibilites pour faire l'ascension des principaux volcans qui bordent le desert d'Atacama, le Toco a 5604 m, le Licancabur a 5916 m et le Sairecabur a 6040 m. Apres le Nepal et le col a 5400 m, la barre des 6000 m nous tentait bien! Nous nous embarquons pour l'ascension du Sairecabur. Le type de l'agence nous recommande de ne pas trop manger la veille, de boire beaucoup d'eau, de ne pas picoler et de se coucher tot...bref, pour la soiree en boit' c'est mort!!

On quitte San Pedro le lendemain matin a 7 heures avec Mauricio notre guide. Premier arret de 30 minutes au bout de 2 heures de route, a 4000 m, pour acclimater l'organisme a l'altitude. Dans une ascension normale ou l'on attaque la montagne assez bas, l'acclimatation se fait progressivement...pas la, prudence donc, le Mal Aigu des Montagnes (MAM) peut sevir sur n'importe quel individu, qu'il soit sportif de haut niveau ou pas, ce n'est pas la question...ce qui importe c'est la maniere donc l'organisme de chacun est foutu.



Mauricio nous sert un the a la rica-rica, absolument degueulasse, qui soit disant aide le corps a s'acclimater plus vite...mouai, pas convaincus du tout, limite un peu sorcellerie son baratin.
Nouvel arret a 5200 m, on ne ressent pas les effets...tant mieux, au Nepal Antoine avait commence a ressentir les premiers symptomes a 4800 m.


Enfin nous arrivons au camp de base a 5500 m avec de legers maux de tetes, mais rien de plus. Il y a 540 metres a parcourir...ca parait peu...l'epreuve se revelera terrible et effrayante. En 3 heures nous sommes passes de 2440 m a San Pedro a 5500 m, point de depart de l'ascension...que notre organisme nous pardonne ces exces!

Notre guide se prepare et revet 4 couches en haut et 3 couches sur les jambes, a faire rougir de jalousie le bibendum Michelin...on se demande serieusement comment il peut marcher avec une degaine pareille! Nous avions emmene avec nous les dessous techniques, polaires, Gore tex, et tout le necessaire mais par prudence on rajoute une troisieme couche sur les jambes...la ce n´est plus de la rando, c'est du serieux.

Mauricio nous rappelle les regles elementaires de progression en haute altitude, le secret pour eviter de se choper le MAM c'est d'inspirer profondement et d'expirer tres fort pour eliminer tout le dioxyde de carbone stocke dans l'organisme. Le rythme doit etre le plus lent possible, "adopter un pas de viel homme en montee et un pas d'adolescent dans la descente" nous dit-il.

Le debut de l'ascension se fait sur un petit chemin pas trop difficile ce qui nous permet de bien prendre le rythme et de se concentrer uniquement sur la respiration. A ces altitudes le ciel est azur et tres pur.

Tres rapidement la pente devient plus raide, le chemin laisse place a des gros blocs de pierre qu'il faut escalader, entrecoupes de neige poudreuse. La progression devient difficile, nous nous arretons tous les 4 metres pour souffler et retrouver une respiration normale. A ces altitudes chaque effort se paie comptant.




Antoine a de plus en plus mal a la tete, mais ca passe, le sommet n'est plus qu'a une cinquantaine de metres... mais cela semble interminable. En fait quand les premiers symptomes apparaissent il faut etre extremenent vigilent, le risque quand le cerveau ne recoit plus assez d'oxygene c'est l'oedeme cerebrale. Enfin le sommet, 6040 m!!!...quel soulagement et en meme temps quelle souffrance, Mathilde semble ne pas etre trop affectee par l'altitude (la nature l'a semble-t-il dotee d'un genereux taux de globules rouges...bravo a Jean et Marie-France!). On prend vite quelques photos, et on ne pense plus qu'a une seule chose: redescendre le plus vite possible, on profite tout juste du panorama, pourtant sublime.

La laguna Verde, en Bolivie


Les contreforts du desert du Lipez


L'Altiplano bolivien a plus de 4300 m



Antoine ne se sent vraiment pas bien, mal de tete puis vomissement, il faut redescendre au plus vite maintenant, "comme des adolescents" nous dirait le guide, le probleme c'est que le relief tres escarpe et instable ne nous permet pas de descendre rapidement. Pour Antoine le cauchemard commence. Mathilde reste devant pour ouvrir la voie, le guide ne nous attendant pas...



Dans le cas d'une descente rapide et pas trop physique les symptomes disparaissent vites, mais la c'est tout le contraire, la descente est trop longue et physiquement eprouvante, et le MAM persiste. Antoine ne tient plus sur ses jambes, perd le sens de l'orientation et de l'equilibre. Les derniers 100 metres sont insupportables, Mathilde reste a ses cotes en lui parlant mais il est litteralement dans les vap'.

Le MAM passe aussi vite qu'il survient, et pendant le trajet du retour sur San Pedro les voyants repassent au vert.

Bon, on ne vous cache pas la grosse frayeur que nous avons eu...CARTON ROUGE! Au bout du compte nous avons reussi, mais a quel prix! Si c'etait a refaire nous ne le referions pas, en tous cas pas dans ces conditions, mieux vaut le faire progresivement sur des reliefs moins escarpes qui necessitent moins d'efforts...
Apres une telle experience on ne peut s'empecher de penser aux expeditions d'Herzog dans l'Himalaya et aux conquetes des premiers 7000 et 8000...respect...on ne triche pas avec l'altitude...la montagne est sans pitie!


A suivre (San Pedro De Atacama - suite)