Nous quittons Cuzco et la vallee sacree avec des images et des emotions plein la tete. Difficile de resister a l'appel des plus hautes cimes des Andes. Direction le centre du Perou et la sa partie la plus montagneuse...direction Huaraz et la Cordilliere Blanche. C'est vite dit, n'empeche qu'il nous aura fallu plus de 20 heures de bus, et un changement a Lima pour y arriver.
A Lima le ton est donne, les chauffeurs de taxi sont proteges par du grillage contre les attaques a mains armees, et on nous conseille de vive voix de faire vraiment gaffe. Contrairement a la Bolivie, au Chili et a l'Argentine, il n'y a pas de gare routiere centrale ou toutes les compagnies sont representees, ici chaque compagnie possede ses propres terminaux, veritables forterresses blindees, avec barbeles, service de securite arme jusqu'aux dents. Pour monter a bord du bus il faut montrer patte blanche, verification du passeport, et on est meme filme avant de monter a bord pour la prise d'empreinte...hallucinant!! Il faut dire qu'on entend beaucoup d'histoire sur des attaques de touristes, des detournements de bus en pleine nuit, bref nous verrons bien...Inch' Allah!!
...20 heures plus tard, apres des kilometres de routes tortueuses de montagne, des depassements en virages vraiment limites, 2 films en espagnol sous-titres en espagnol completement debiles, et de la musique peruvienne a n'en plus finir...nous arrivons de nuit a Huaraz, sans rien voir de la ville. Le lendemain matin, du balcon de la chambre d'hotel, nous decouvrons le visage de cette petite ville surnommee la "Chamonix des Andes", mais surtout les pics enneiges culminants a plus de 6000 metres tout autour de nous.


La Cordilliere Blanche est la plus grande concentration de hautes montagnes apres l'Himalaya avec 33 sommets depassant les 6000 metres d'altitude, dont certains n'ont toujours pas ete gravis par les andinistes, car trop dangeureux. Elle s'etend sur 180 km de long et seuleument 40 km de large. Cette grande barriere naturelle separe le versant pacifique sec du versant atlantique humide des Andes. La Cordilliere Blanche compte de nombreux records: plus haute chaine de montagnes tropicales du monde, plus grande superficie de glaciers tropicaux, qui ne descendent pas en dessous des 4800 m en raison de la latitude tres proche de l'equateur.




Le temps de souffler deux jours et nous voila a nouveau sur les sentiers de montagne avec tente, rechaud, duvets et de la bouffe pour 3 jours de trek autour du Huandoy ( le dernier trek en haute montagne remonte a l'Argentine, dans la region des lacs de Bariloche, ou l'on s'etait d'ailleurs un peu fait peur).

Les agences de Huaraz proposent ce trek en 4 jours avec guide, mules et provisions, on prefere le faire en autonome (10 fois moins cher) et a notre rythme...c'est a dire en 3 jours (on paiera cette audace a l'arrivee). Pour tout dire on apprehendait physiquement ce trek, avec des passages a plus de 4700 m d'altitude, et le froid la nuit. Mais le dilemne n'est pas phylosophique, "etre ou ne pas etre", mais bien "faire? ou ne pas faire?". La fatigue depuis pas mal de temps...peut-etre le trek de trop.
En tous cas les paysages des Andes nous ont emerveilles, et la rencontre et nos echanges avec les peuples Quechuas, que seul un trek en autonome peut permettre, resteront un grand souvenir...un mal pour un bien cette petite balade!

Le sentier, assez bien balise demarre a Cashapampa et traverse une foret d'eucalyptus avant de traverser l'alpage de Llamacorral a 3600 m, tout en suivant le bouillonant Santa Cruz.
Pause dejeuner apres 3 jeures de marche, carottes, sandwich chorizo et raisins secs sont au menu. La encore c'est bizarre on se met a rever baguette, camembert...voir fruits de mer et verres de vin blanc!!?? 


Apres ce festin pas le temps de s'endormir, il reste encore un bon bout de chemin si on veut plier le trek en 3 jours. 



Entre les nuages, blanc immacule, l'Artesonraju qui culmine a 6025 metres d'altitude.


La laguna Jatuncocha a 3900 metres d'altitude ou nous etablirons le campement de la premiere nuit. Depuis le debut de la rando nous n'avons croise que 2 randonneurs, et ce soir nous sommes les seuls au campement...les Andes rien que pour nous...magique.


On repere un endroit assez plat, pas trop humide, et apres avoir degage quelques pierres, on sort le matos. Mathilde prend en charge les operations, pendant qu'Antoine part chercher de l'eau pour le diner. La nuit et le froid tombent tres vites.
Nous sommes le 24 avril et c'est l'anniversaire de Mathilde. Franchement, ca le fait bien, feter son anniversaire sous une bonne tente, dans un endroit isole a 3900 m au milieu des pics enneiges et des glaciers, dans le froid, emitoufles dans nos fringues techniques hyper sexy. Mouai, Mathilde partage pas vraiment ce point de vue, sauf que les Relais&Chateaux ca court pas vraiment les rues au Perou!Au menu c'est spagetthis sauce tomate et parmesan...on aurait prefere des pates aux truffes noires, mais abus du siecle, elles n'etaient pas a la carte!! 
Dehors, le thermometre affiche 8 degres, alors que dans la tente c'est grand confort, il fait 16 degres...quel luxe! Dans la nuit la temperature descendra a 5 degres, mais avec nos bons duvets en plume et les vetements techniques on ne ressent pas le froid. 

Lendemain matin reveil a 6h car la journee va etre tres tres longue, avec en prevision 9 heures de marche. Ca caille toujours, mais le soleil genereux nous rechauffe rapidement. Les sommets enneiges pointent leur nez dans le bleu azur...quel spectacle!




Quelques tartines de confiture vites avalees, et on plie la tente. L'objectif, assez ambitieux, est d'arriver au deuxieme campement avant la nuit.
Les sommets jouent a cache-cache derriere la pre-cordilliere. 



Des zones de marecages qu'affectionnent les animaux, et qui nous ont bien fait chi.. quand il fallait les traverser!!

La Santa Cruz que nous avons longee lorsque le chemin n'etait plus balise.
D'un pays a l'autre le visage des Andes est tres different, cette chaine de montagnes que nous remontons depuis la Patagonie au sud de l'Argentine n'a cesse de nous emerveiller. Mais c'est au Perou qu'elle prend toute sa dimension legendaire, avec cette extraordinaire concentration de pics dechiquetes aux aretes encombrees d'enormes corniches glacieres.
Le Huandoy, tout a droite

Le temps se couvre rapidement dans l'apres-midi et le froid tombe vite. A 4400 m apres 5 heures de marche on commence a fatiguer. Il faut encore franchir un col a 4750 metres avant la longue descente vers le deuxieme et dernier campement.
La laguna Taullococha a 4400 metres d'altitudeOn ne ressent pas les effets de l'altitude, mais la montee vers le col, bien qu'assez facile, nous pose quelques difficultes. On n'a plus de jus, les jambes sont en coton, la baisse de regime est evidente...pas etonnant apres plus de 8 mois de bourlingue.


A 17h30, apres plus de 9 heures de marche, nous atteingnons le deuxieme campement a bout de force. Il fait nuit dans une heure. Les chemins boueux auront eu raison de nos chaussures, elles aussi en bout de course, et qui ne rentreront certainement pas avec nous en France!
Sceance sechage des pompes et cuisson des pates
Troisieme et dernier jour de marche! comme par magie nous retrouvons des forces et la perspective de retrouver notre chambre d'hotel a Huaraz et de prendre une douche bouillante nous reconforte. Il a plu toute la nuit et la tente est trempee. 

On profite du soleil pour faire secher l'equipement. Pendant ce temps, Mathilde experimente de nouvelles techniques de dressage basees sur le tete-a-tete et une gestuelle digne du haka des All Blacks.
Moment de complicite entre deux tetes de mule ! 



Dans la vallee nous traversons de nombreux petits villages Quechuas. Les habitations typiques sont tres rudimentaires, murs en terre et toits en pailles, remplaces par de la tuile quand c'est possible.




Tres presents au Perou et au Nord de la Bolivie, les Quechuas ne sont pas un peuple en tant que tel mais un groupe linguistique (environ 8 millions de locuteurs) etablits sur les hautes versants des Andes entre l'Equateur et le nord-ouest de l'Argentine. Le Quechua etait la langue des Incas. Elle est depuis reconnue comme langue officielle au Perou et en Bolivie. 
Les Quechuas sont catholiques avec un zest d'animisme. Ils venerent la Pachamama (la "terre mere") en lui faisant des offrandes pour que la pluie tombe, ou pour porter chance. Lors des pelerinages pres des glaciers, les indiens quechuas leur demandent protection et bonnes recoltes. Le sacrifice animal est aussi pratique.En traversant un village, un pere de famille nous arrete en nous demandant de l'aider a soigner son fils qui s'est amoche le genou. Rien de bien grave, le temps pour Mathilde de mettre sa robe de Doctor Queen femme-medecin et d'appliquer un pansement au gamin en lui donnant quelques conseils pour nettoyer la plaie. Pas de medecin, pas d'eau courant ni d'electricite, les quechua vivent ainsi tres recules, en s'entraidant les uns les autres.
Apres 5 heures de marche, arrivee au village de Vaqueria, fin du trek. Petite partie de foot avec des gamins en attendant un taxi qui nous conduira a Caraz d'ou nous prendrons un micro-bus pour Huaraz. Sur le trajet du retour on s'est fait piquer la cle USB (avec toutes les photos prises depuis 2 mois) par le type qui nous a vendu les billets. Lui seul avait acces au sac-a-dos qui se trouvait sur le toit du combi (bien sur nous n'avions pas fait graver ces photos...pas encore)...nous sommes ecoeures. Mais ca n'est rien a cote de ce qui arrive certains backpakers en Amerique du Sud!
A suivre (Perou - Trujillo et Chachapoyas)