20 mars 2009

Bolivie - Potosi

Apres les hautes terres de l'altiplano, nous filons depuis Uyuni en direction de Potosi. La distance n'est pas enorme, mais en Bolivie lorsque l'on conjugue l´etat des bus avec celui des routes d'altitude (ou plutot des pistes), le moindre kilometre prend un temps fou et les deplacements prennent des allures d'expeditions...depaysement garanti!
L'histoire de Potosi est intimement liee aux mines d'argent enfouies dans le Cerro Rico (Mont Riche), qui surplombe la ville a plus de 4000 metres, la ville etant elle-meme a 3900 m. Pour l'histoire, en 1544, un indien decouvrit un filon d'argent sur le Cerro Rico. Les espagnols ne tarderent pas a apprendre l'existence de ce tresor cache et a se l'approprier.

Fondee en 1545, la ville de Potosi connut une croissance tres rapide et devint la plus grande ville des Ameriques. La mine de Potosi etait alors la plus productive au monde et l'argent extrait financa l'economie espagnole et les extravagance du royaume pendant pres de 2 siecles. Les mines produisent toujours de l'argent, mais en quantite moindre. Potosi a connu une gloire de courte duree et les mines commencerent a s'epuiser au debut du 19ieme siecle. Au milieu du 20ieme la baisse brutale du cours de l'argent porta un coup fatal dont la ville ne se remit pas.

Aujourd'hui les mines appartiennent a des cooperatives de mineurs. leur visite constitue une experience prenante, parfois difficile a supporter, voire terrifiante, mais qu'on ne peut oublier, tant les conditions de travail des mineurs sont siderantes.



Le point de depart de la visite des mines est le marche des mineurs, situe sur les hauteurs de Potosi. Les mineurs y viennent tres tot le matin pour acheter entre autres, des pioches, des marteaux mais aussi des batons de dynamite (que l'on peut acheter librement) et de l'acetylene...sans oublier des sachets de feuilles de coca.

On a teste les feuilles de coca...beurk!!

A cote fumer le baton de dynamite est un regal!


Nous avons meme eu droit a un essai d'explosif en direct...vraiment decoiffant. Pour les mineurs c'est un gain de temps enorme.



Des que les espagnols apprirent l'existence des mines d'argent, des milliers d'esclaves indiens furent amenes pour creuser les galeries d'excavation. Le travail etait si dangeureux et provoquait la mort par silicose de tellement d'hommes, que le royaume d'espagne fit venir des milliers d'esclaves africains qui demeureait sous terre, sans voir la lumiere du jour pendant 4 mois, travaillant 12 heures par jour. Lorsqu'ils sortaient on devait leur bander les yeux.

La visite n'est pas facile en raison de l'altitude et de la presence de produits chimiques et de gazs nocifs: poussieres de silice, gazs arceniques et vapeurs d'acetylene.
Le matin les mineurs se preparent a leur journee de travail en machant ensemble la coca pour contrer les effets de l'altitude, de la faim, de la soif et de la fatigue. Macher la coca est une tradition ancestrale chez les Aymaras et Quechuas, les peuples de l'altiplano. Le president Evo Morales en a fait son cheval de bataille en s'opposant au programme d'eradication mene par les USA. L'occident considere la coca comme le produit de base de la cocaine, alors que les peuples des Andes la considerent comme une plante sacree utilisee depuis des siecles sous sa forme naturelle.


Un mineur travaille seul dans l'obscurite, recroqueville dans la roche dans un endroit difficilement accessible, machant la coca, avec pour seuls outils un marteau, un burin et une lampe a acetylene qui permet de detecter les poches mortelles de monoxyde de carbone. Exposes aux gazs toxiques, les mineurs meurent de silicose apres 15 ans passes dans la mine. Ils le savent...la mine rapporte plus d'argent que les travaux dans les champs et dans le batiment...ce sont des gamins de 18 ans pour la plupart.

Dans l'obscurite on entend un bruit sourd mais on ne voit rien, puis surgit de nulle part un wagon pousse et tire par 4 hommes, tetes baissees...c'est a peine croyable. La gorge est serree, dans la tete les emotions se melangent, de telles conditions de travail sont a peine croyables. On ne prendra pas d'autres photos de mineurs.

Les mines leur appartenant, les mineurs doivent extraire suffisamment de minerai pour gagner leur vie.
Des passages difficiles pour acceder a d'autres galeries nous obligent a ramper.

Les mineurs croient a la presence du diable sous terre, la ou regne une telle chaleur. Leur environnement de travail ressemblant si fort a l'enfer, le minerai recupere doit appartenir au diable, que les mineurs ont represente par une statue de ceramique...ils l'appellent "Tio".

Tous les vendredis soir, les mineurs se reunissent autour du Tio pour lui faire des offrandes afin d'obtenir sa protection. On verse un peu d'alcool pur au sol, on place des cigarettes allumees dans sa bouche et on le couvre de feuilles de coca. Puis les mineurs fument, machent la coca et boivent l'alcool jusqu'a s'enivrer...histoire d'oublier leur vie difficile quelques instants.

Le Cerro Rico a plus de 4000 m...dessous les mines d'argent
Potosi a ete inscrite au patrimoine mondiale de l'humanite en raison de son passe tragique dans les mines, mais aussi pour sa magnifique architecture coloniale.

Des eglises tres bien conservees renfermant des tableaux tres anciens, aux maisons aux portes et aux facades ouvragees munies de balcons en bois surplombant la chaussee, la ville ne manque pas d'interet et c'est un plaisir de flaner dans les ruelles sinueuses.

Mathilde, pas franchement au gout du jour en matiere de mode locale

Le midi, degustation de petits empenadas aux legumes sur la place du marche, un delice pour moins d'un euro!

Visite de la Casa De La Moneda, edifiee en 1753 afin de controler la frappe des pieces coloniales. Le batiment est splendide, derriere ses murs d'un metre d'epaisseur, il renferme des collections de peintures religieuses de l'ecole de Potosi. Beaucoup de peintures representent la Vierge sous les traits de la Pachamama (la Terre-Mere). Beaucoup de symboles melangeant traditions andines et catholicisme.
La Bolivie nous seduit beaucoup par l'esthetisme de ses paysages, mais aussi par son passe colonial charge, ses peuples Ayamaras et Quechuas porteurs de traditions anciennes, qui perdurent dans les villages de l'altiplano. C'est un vrai coup de coeur...a l'image du Nepal.


A suivre (Sucre)