20 avr. 2009

Perou - Machu Picchu

A midi nous prenons le train qui relie Ollantaytambo au village d'Aguas Calientes, situe au pied de Machu Picchu. C'est une societe de droit anglais, PeruRail, qui gere le reseau ferre et qui encaisse les benefices de la vente des tickets. Ca nous fait un peu mal d'acheter 2 billets et de filer cet argent aux rosbeefs. Il existe bien des moyens alternatifs pour s'y rendre, mais force est de reconnaitre que le train fait gagner beaucoup de temps, et puis c'est aussi un moyen de se menager physiquement pour la suite du periple.
On prend les billets les moins chers, un aller simple. Pour le retour a Cuzco, on se debrouillera autrement.
Le train suit la vallee, tres encaissee, le long de la riviere Urubamba. La voie est tres sinueuse, coincee entre la montagne et les a-pics.

Le village d'Aguas Calientes est tellement encaisse et entoure de montagnes abruptes que les rayons du soleil ne parviennent pas a penetrer les ruelles. Beaucoup d'hotels, restos et boutiques pour touristes. Le developpement anarchique de ces derniers gachent un peu le paysage mais il y regne une atmosphere assez singuliere.

Passer la nuit a Aguas Calientes et monter a la citadelle tot le lendemain matin permet d'eviter les hordes de touristes qui debarquent du train de Cuzco pour une excurion a la journee. Coup de bol pour nous, la saison ne bat pas son plein, les hotels et restos sont vides pour la plupart d'entre eux.

Le soir l'excitation est a son comble et nous avons du mal a trouver le sommeil. On se rememore les dessins animes des "Merveilleuses Cites d'Or" qui nous ont tant fait rever. Reveil a 5 heures pour decoller a 5 heures30. Des bus touristiques emmenent les visiteurs directement a l'entree de la citadelle depuis le village, on prefere monter a pied en utilisant les chemins traces par les Incas.

De forte pluies se sont abattues sur le village toute la nuit et ce matin, malgre le temps tres brumeux il ne pleut pas. Tres vite au cours de la montee nous decouvrons de nos yeux encore un peu endormis les paysages magnifiques qui entourent le Machu Picchu: des montagnes abruptes recouvertes d'une epaisse vegetation tropicale, baignant dans la brume matinale.

Allez encore quelques marches...ca y est l'entree de la citadelle!! Difficile de decrire ce que l'on ressent, l'ascension nous a pourtant bien reveille, le temps de reprendre notre respiration et on traverse tout le site au pas de charge, pour aller s'incrire a l'ascension du Wayna Picchu, la celebre montagne que l'on voit en arriere-plan sur toutes les cartes postales.
L'acces etant limite a 400 personnes...premiers arrives, premiers servis. A 6h30 du mat' il y a deja beaucoup de monde, trop!! Finalement on obtiendra nos billets (il ne restait que 35 places!) assez rapidement. Pour etre honnetes, sans s'en rendre compte on a reussit a gratter toute la queue...ces boulets de francais!
Nous laissons les gens faire la queue pour y monter directement, nous nous y reviendrons en fin de matinee.

Maintenant nous pouvons souffler, ouvrir grands les yeux, et prendre le temps d'admirer la citadelle, et de tenter de percer quelques uns des mysteres qui l'entourent.

Au fil de la matinee la brume se dissipe, et laisse entrevoir les vestiges de la Cite Perdue.
Les cultures des Incas en terrasses


Et les premiers rayons de soleil apparaissent. On se rend compte alors de la dimension et de la magie des lieux.
Les lamas qui veillent sur la citadelle


La saison seche commence dans un peu plus d'un mois, et c'est exceptionnel d'avoir ce temps la aujourd'hui.
Le Wayna Picchu, ou "jeune sommet" en arriere-plan

Pour l'histoire (c'est Alain Decaux qui prend la plume), les ruines de la citadelle ont ete decouvertes en juillet 1911 (seuleument!!!!!!) par un archeologue americain, Mister Bingham, alors qu'il visitait la region accompagne de quelques habitants. Bingham decouvrit en fait les premiers marches en pierre de l'escalier qui conduit a la citadelle. Imaginez que tout le site etait couvert de vegetation! Machu Picchu existait peut-etre avant les Incas, et aurait ete conquis et amenage par ces derniers.
D'autres pensent que la Cite Perdue fut fondee a la fin de l'empire Inca, dans un ultime sursaut des Incas pour preserver leur culture ou affirmer leur pouvoir. En realite personne n'a reussit a expliquer clairement jusqu'a present ce qu'est Machu Picchu.


Difficile d'approcher la verite, et encore aujourd'hui les connaissances sur Machu Picchu demeurent superficielles et restent vagues. Sans ecrits, l'interpretation de l'histoire reste ouverte! Les guides touristiques, que nous avons suivis discretos, parlent de temples, de clotures sacrees, de quartier des artisans. Chaque definition est plus basee sur la fantaisie et l´imagination que sur des faits...le mystere de la citadelle reste intact.

A 11 heures, nous partons a l'assaut du Wayna Picchu, le chemin est raide, humide et tres casse-gueule et mieux vaut etre en bonne condition physique. D'ailleurs, des gens rebroussent chemin.
Honnetement, la vue d'en haut n'est pas exceptionnelle. On fait tout un plat sur l'ascension du Wayna Picchu, comme quoi "c'est absolument a faire", qu´il faut "s´y precipiter des l´aube", et bien franchement c'est se fatiguer pour pas grand chose, certes on a une vue d'ensemble sur la citadelle, mais beaucoup trop eloignee, on ne distingue plus le relief du site, sa topographie, tout parait plat et minuscule...enfin c'est notre point de vue.
La descente est toute aussi casse-gueule que la montee et Mathilde s'en remet a Inti, le Dieu-Soleil, en l'implorant de l'aider dans son combat.
Nous poursuivons la decouverte du site et de ses ruines. Les pierres etaient taillees sur place et provenaient d'une carriere voisine de la citadelle. On regrette de ne pas en savoir plus sur les habitants du site, l'organisation de leur societe, les rites, la vie familiale...et le nombre d'annees qui ont ete necessaires a l'edification de la Cite Perdue...en fait on ne sait que tres peu de choses sur la civilisation Inca.


Et non aucun trucage sur ces photos :
nous avons eu un temps splendide pour THE journee a ne pas manquer!!


Pour beaucoup le Perou s'associe uniquement a la civilisation Inca. En realite les Incas ne representent qu'une des dernieres civilisations anciennes du pays. Le regne Inca interrompu par l'arrivee des conquistadors espagnols ne dura que de 1476 a 1535...moins d'un siecle!
En 1522, un bateau espagnol sous le commandement de Francisco Pizarro, arriva au nord des cotes peruviennes. Premier contact entre le Vieux Monde et le Nouveau Monde. Triste sort egalement car les conquistadors ont, en quelques annees, detruit le developpement et l'heritage de civilisations qui ont construit en plusieurs siecles l'un des patrimoines culturels les plus importants au monde...mais Pizarro s'en foutait bien de l'heritage culturel. Apres avoir massacre les hommes, les conquistadors ont tente d'effacer la memoire historique de ces peuples, en transplantant les germes de l'architecture coloniale et andalouse que l'on retrouve dans beaucoup de ville peruviennes.
pont en bois, au-dessus du vide




Aujourd'hui le Machu Picchu est victime de son succes. Des scientifiques japonais ont annonces en 2001 que les pentes du versant ouest s'affaissaient de 1 cm par mois, laissant ainsi presager le pire a terme.

En fin d'apres-midi, apres la dissipation du nuage touristique, nous profitons une derniere fois du site sous un soleil radieux, puis nous redescendons a pied a Aguas Calientes, des images plein la tete et des mysteres sans reponses. Ainsi s'acheve notre journee a Machu Picchu...l'un des plus beaux endroits que nous ayons vu jusqu a present, par sa dimension mystique, son esthetisme et sa situation geographique.

Le lendemain matin, c'est le retour vers Cuzco. Nous avons choisit l'option "demerde". L'objectif du jour, rejoindre a pied, depuis Aguas Calientes, une centrale hydo-electrique d'ou partiraient des micros bus pour un autre village, Santa Teresa, duquel partiraient des taxis pour un autre village, Quillabamba, duquel partiraient des bus pour Cuzco...easy!

Le chemin suit la voie ferree sur environ 7 km a travers la foret humide et tropicale. Gare aux trains!!
...au bout de 7 km, on apercoit la centrale hydro-electrique et a cote, un micro-bus attend effectivement des passagers. Nous ne sommes pas les seuls backpakers a imprunter cet itineraire alternatif 10 fois plus long que le train, mais tellement plus economique et folklorique.
Au bout d'une heure de tape-cul sur un chemin a faire peter les amortisseurs du combi Toyota, nous atteignons le petit village de Santa Teresa. Le prochain bus pour Quillabamba est a 14 heures...il est 12 heures. Un chauffeur de camion qui se rend a Quillabamba nous propose de nous prendre, avec d'autre peruviens, pour trois fois rien. Le temps de grimper a l'arriere dans le benne, de se caler entre les pneus et les les brouettes....vamos!!
Ca secoue pas mal, le chemin est tres etroit et menace de ceder sous le poids du camion. On evite de regarder le precipice...et on se demande vraiment ce qu'on fout la!!!...impressionant!!...scene de vie ordinaire pour les peruviens. Quand il s'agit de transport, on prend ce qui passe dans le village.

Des pierres tombent sur le chemin apres le passage du camion. Il faut etre un peu phylosophe et un brun kamikaze, pour evoluer avec un engin pareil sur de tels chemins, mais les mecs a bord ont l'air tout a fait sereins...nous pas trop!
Et quand deux camions se croisent, il n'y a plus de regles de priorite ou de bonne conduite...c'est au bluff, a celui qui cedera le premier. C'est assez risque et un peu con comme jeu, il faut en convenir, mais notre chauffeur a eu le dernier mot.
Traversee de riviere dans 40 cm d'eau !...et ca passe


Le chemin reprend des allures de route, on ressort la tete des epaules pour admirer le paysage vraiment superbe. Les Andes de moyenne altitude, c'est a dire entre 3000 et 4000 metres, couvertes d'une epaisse vegetation tropicale.
Au detour d'un virage l'affrontement reprend, masi la nous ne ferons qu'une bouchee de ces 2 micros-bus !
En revanche, dans le dernier combat, l'adversaire est de taille et ne se laisse pas impressioner. Dans ces cas la, les conducteurs changent de strategie, coupent le contact et partent s'expliquer. Apres 30 minutes d'echanges plutot calmes, on remet en route et on manoeuvre pour laisser passer.

... Et ca passe de justesse!

Nous arriverons finalement a Cuzco a 21 heures en bus...en ayant quitte Aguas Calientes le matin a 7 heures!! Ce periple difficile et memorable nous aura fait economiser pas mal d'argent, et comprendre que les transports au Perou sont une aventure en soi qu'il faut vivre absolument au moins une fois...on a adore!!




A suivre (Huaraz - Trekking dans la Cordilliere Blanche)